Pour sa vidéo-performance, Un troupeau till the world ends (22min), Théophylle Dcx a convié un groupe d’amie·x à se retrouver au milieu de la forêt de son enfance pour y réaliser des exercices de chants sur des musiques populaires. Iels se les réapproprient afin de s’accorder et de trouver les notes vocales qui leur conviennent le mieux. En revisitant des hits, de Britney Spears à Dalida, de David Guetta à Mika, iels inventent de nouvelles manières d’exister collectivement, de faire groupe et de chanter en chœur. Cette séance de répétitions se poursuit à la lisière du bois où, disposés en chorale, les membres chantent ensemble a cappella plusieurs chansons qui appellent les corps à la fête, à la danse - à leurs amours et leurs épuisements, en suivant la traduction littérale du titre de Britney Spears : Danser jusqu’à la fin du monde, être et continuer d’être ensemble et de s’aimer quand tout s’effondre. La musique, et les liens intimes que chacun·e entretient avec elle, permet de se survivre, de se célébrer, de se libérer. Parfois fausses et décalées, les voix communient en un moment joyeux. Cette nonchalance apparente, nourrie d’un imaginaire pop et mashup de paroles, charrie quelque chose de discrètement politique. Coline Davenne, conseillère artistique au Palais de Tokyo et directrice artistique du Salon de Montrouge 2022-2024 Photos : Aurélien Mole
Cette série de dessins aux pastels à l’huile représente des versions géantes des cartes magiques issues du jeu Yu-Gi-Oh!. À l’origine, jeu de cartes à collectionner japonais mettant en scène des sorts, des monstres, des pièges et dotées d’une valeur bien réelle dans les cours d’école ; échangées, collectionnées et parfois mises en jeu. Ces dessins transforment les cartes en artefacts. Elles deviennent des outils symboliques de traitements VIH. Détournées de leur origine ludique, elles acquièrent une nouvelle signification, à la croisée de l’imaginaire et du soin. La valeur de chaque carte correspond au coût des traitements contre le VIH qu’elle représente, révélant les inégalités économiques ainsi que le pouvoir que l’argent et le statut social confèrent sur l’accès aux médicaments. Théophylle Dcx joue également avec la notion d’indétectabilité : les titres et les pouvoirs des cartes sont gravés dans la matière du pastel et ne se révèlent qu’à mesure que le·la spectateur·ice s’en approche. Paul Emmanuel Odin, directeur artistique de La compagnie Photos : Ix Dartayre - Sébastien Arrighi
Les anges bandent-ils ? entremêle récit personnel, mémoire collective et activisme. À travers une performance mêlant lecture, chant, stand-up, danse et présentation audiovisuelle, Théophylle Dcx tisse des liens entre la crise du sida des années 1980 et 1990 en Occident et son expérience de jeune homme gay vivant avec le VIH à une époque marquée par la notion d’« indétectabilité ». Il interroge ce terme, qui dépasse sa définition clinique pour devenir une métaphore des luttes rendues invisibles. Comment notre société, en glorifiant certains récits, en marginalise-t-elle d’autres ? Comment cette « indétectabilité » se reflète-t-elle dans l’espace public, dans notre mémoire, et jusque dans nos corps ? Théophylle Dcx revisite ces questions à travers le prisme de musiques qui résonnent avec ces époques et leurs luttes : des chansons pop des années 1980 jusqu’à aujourd’hui, présentes dans certaines compilations de Hits (comme People are still having sex, Latour, 1991), qui deviennent dans son travail le témoin de l’évolution de notre rapport collectif au VIH/sida. Les anges bandent-ils ? explore la manière dont la musique peut constituer une archive vivante. Ces sons, transmis d’une génération à l’autre, relient les luttes, transmettent des récits et ravivent des mémoires. L’artiste met en dialogue des archives institutionnelles avec des fragments collectés en ligne, révélant une intimité collective qui relie discours médicaux, médiatiques et culturels aux résistances des communautés concernées. Isabella Seniuta, chercheuse, commissaire indépendante et enseignante Photos : Angèle Dumont - Zoé Chauvet
Dans l’exposition undetectable bodies, des objets issus de l’univers de l’enfance sont réappropriés et transformés, acquérant une nouvelle charge emblématique et affective. Par leur recontextualisation, ils deviennent des dispositifs de mise en récit et de réparation. Les boules disco en céramique, Come On, I Wanna Take You Home apparaissent comme des reliques lumineuses, gravées de fragments de paroles de Going Home de Patrick Cowley ; figure iconique de la musique Hi-NRJ gay des années 1980, dont l’œuvre résonne comme un mémorial sonore du désir queer, de la perte et de la survie à l’ombre de la crise du VIH/sida. Le travail de Théophylle Dcx inclut également l’écriture — une pratique reflétée dans l’installation Le four de la Survie, issue d’un texte littéraire et activée par une performance de lecture lors du vernissage de l’exposition. Dans ce poème, il livre un manifeste à la fois tendre et combatif, qui met à nu la violence du prétendu « tout le monde » et l’effacement des survivances minoritaires. Entremêlant récit personnel, fantasmes queers et séropositivité, Théophylle Dcx rejette les figures héroïques au profit d’actes intimes de résistance. Dans cette exposition, les œuvres de Théophylle Dcx se déploient comme une archive personnelle, médicale et politique en perpétuelle évolution. De l’intimité de sa chambre à l’espace collectif du dancefloor, il tisse un récit qui témoigne à la fois de son existence et de la mémoire collective qui l’entoure. Cléo Verstrepen & Serhat Orta, independant curators Photos : Cléo Verstrepen - Marie Genin
La pratique de Théophylle Dcx s’apparente à celle d’un journal intime. Biographique, juvénile et résolument mémorielle, elle partage de manière hyperbolique colères, lassitudes, angoisses, joies, désirs et espoirs face à un monde en perpétuel effondrement. Les catastrophes sociales, politiques et médicales jalonnent l’écriture. Certaines sont déjà passées, d’autres pourraient advenir ou se répéter. Face à elles, se dégage un besoin viscéral de célébrer la vie. Dans cette mise à nu, ses ami·es sont ses meilleurs remparts. Leurs histoires se lient à celles de celleux qui les ont précédé·es afin de faire front contre une société excluante. Que ce soit par la vidéo, la performance ou le texte, le récit s’écrit en musique. Cette dernière s’érige en outil d’expression vif et puissant. Au fil des œuvres, les paroles contaminent le journal. Oscillant entre punchlines saillantes et témoignages d’expérience de luttes, elles sont les dépositaires d’émotions brutes où se révèle la permanence de stigmas et de systèmes d’oppression pour les communautés dites marginalisées. Daisy Lambert, curatrice indépendante Photos : Elise Poitevin
Maria Silk et Théophylle Dcx inaugurent leur collaboration artistique avec la présentation d’un nouveau duo intitulé On the floor. Leur recherche chorégraphique explore les héritages queers portés par les genres musicaux de dance music des années 1980 — le post-disco et la hi-NRG. En entrant dans des états altérés induits par la danse, le duo voyage à travers un espace intérieur fait d’hédonisme, d’épuisement, de fuite et de discipline, guidé par le rythme four-on-the-floor qui propulse cette musique vitale. Considérant ce courant musical comme une archive, On the Floor cherche à mettre en scène les liens entre la musique, l’épidémie de VIH/sida et la mémoire de cette communauté ouvrant ainsi de nouvelles perspectives sur le pouvoir de la vie nocturne comme moyen de développer des stratégies de deuil et de survie queer. Ce travail explore également des manières d’habiter l’épuisement — l’épuisement des corps face au virus, à la crise, à la lutte ; l’épuisement d’un corps se dissolvant dans l’intensité brûlante de cette musique. Margot Thurin, Directrice des programmes au CounterPulse Theater Photos : Robbie Sweeny
Le chant du 16 juin 1869 - La Ricamarie raconte l’évènement de lutte ouvrière stéphanoise où les troupes de l’armée de Napoléon III, ont tué 14 manifestant·es pendant la grève des mineur·es. Rosalie Dubois, dans le rôle d’une Diva du XIXème siècle ré-interprète le chant a capella (à gauche), dans la galerie minière reconstituée du musée de la mine de Saint-Étienne. Dans une installation vidéo (4min) en diptyque, elle se ré-interprète en lip sync face à elle même et dans un personnage de drag queen au sommet des terrils de Saint-Étienne. Les deux divas dialoguent grâce à l’écho produit par la mine et d’un chant pouvant se ré-approprier, se re-dire et même se re-confirmer en s’ajustant aux nouveaux enjeux, sur nos terrils (montagnes de déchets miniers) et nos nouvelles identités de luttes. Théophylle Dcx questionne la contemporanéité de ce chant ; la diva, se réinterprétant presque comme son propre écho ; sur des terrils encore fumants. À la cime des crassiers, on peut apercevoir les fumées dues à la combustion au coeur des terrils des restes de charbon et à l’oxydation de la pyrite qui conduisent à la fusion de la roche. Dans la vidéo sans titre (untitled) (40sec), qui accompagne l'installation, Théophylle Dcx allume deux fumigènes au sommet des crassiers, de manière à venir accentuer la fumée qui s’en échappe et afin de rendre ces échappements visibles depuis la ville d’où il est filmé. Cette action permet de mettre en lumière cette activité liée à l’exploitation minière du charbon encore présente sur le territoire stéphanois. Photos : Margaux Vendassi
Dans la vidéo Curriculum Vihtae (38min), Théophylle Dcx se livre à un portrait autobiographique qui emprunte au style des vlogs popularisés par Youtube, plateforme sur laquelle la vidéo est d’ailleurs disponible en accès libre. À l’aide d’un caméscope, l’artiste filme ses boîtes de médicaments consommés en 6 ans de séropositivité, agencés dans une forme de timeline qui lui permet de revenir sur ses expériences médicales, administratives, sexuelles et intimes. Dans un flot de paroles à la fois vulnérable et combatif, il décrit la confrontation à la maladie et à la sérophobie et marque les étapes qui lui ont permis de se construire politiquement en regard d’elles. Installé dans son salon, avec un fond musical qui dit son affection pour la musique électronique « Hi-NRJ », il livre un témoignage sensible du caractère politique de chaque histoire individuelle. Thomas Conchou, directeur artistique du CAC La ferme du Buisson Photos : Silvio Demoro - Ouroumov
« le deuil qui me troue,
Alexandre
cet énorme trou,
sans fond,
que rien ne rebouche,
et quand même l’herbe repoussera,
elle poussera dans le trou,
pas dessus,
aucune herbe aussi douce soit elle ne rebouchera ce trou,
mais parfois l’herbe repousse,
une cute pelouse
un semblant de prairie,
un soleil qui caresse,
je m’arrête pour m’allonger un court instant,
à cet instant, j’oublie le trou,
ou alors j’y contemple tout l’amour, j’y tombe
l’amour qui dépasse encore de ce trou,
Avec Pétra et Stella, on danse sur l’herbe,
sans jamais l’abîmer
Et même alors encore du fond du trou
Cascada,
vient me faire penser à Alexandre,
Cascada continue de me soigner,
d’une énergie de fête,
une fête en extérieur,
à danser sur l’herbe d’un cratère,
j’imagine son corps, qui dansait lui aussi encore sur Cascada,
qui dansait comme moi, avec moi,
chez moi
dans ma chambre »
Rose2rage est paru aux éditions Burn-Août, septembre 2023.
Résumé
Théophylle Dcx dresse sa chronologie personnelle à travers les différents endroits qu’il a habité : son adolescence dans la campagne stéphanoise puis son arrivée à Nice à l’école des Beaux-Arts, où un horizon de découvertes s’ouvre à lui. Nous le suivons au fil de ses fantasmes, accompagnés, tout au long du récit, de ses musiques préférées et de ses danses de survie. Il revendique tout ce qui le constitue aujourd’hui : sa vie à la campagne en tant qu’homosexuel, sa séropositivité, ses amours et ses désirs.
« Tout le monde n’a donc
pas de mémoire,
Tout le monde avance
les yeux bandés,
du moins il essaye
moi je cuis mes œufs, dans
mon four avec les adopté·es
des mondes survécus,
on se réchauffe autour
de l’aluminium cramé
par le soleil,
on danse, nos histoires en
témoignent dans chaque
goutte de transpiration
que l’on rend, nos peaux
se collent,
autour du four,
il fait beau »
I don't want to loose my mind I don't want to loose my time est un catalogue monographique édité dans le cadre du Prix Région Sud. Il retrace et parcours le travail de Théophylle Dcx, avec des contributions de Daisy Lambert, Fanny Lallart, Clément Riandley, Nesrine Salem et un entretien avec Léa Lascaud. Le catalogue a été traduit en anglais par Sarah Netter et Cléo Verstrepen. Il contient également le texte Le four de la survie de Théophylle Dcx.
Ce catalogue a été conçu par FSB press et édité avec Camille Mansour. Couverture de Ix Dartayre, avec Pétra Losseroy.